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Le bouddhisme dans la vie quotidienne
Le vide, réservoir de l’infini
Le concept de shunyata (en sanskrit), ou kû
(en japonais), a été indifféremment traduit
par latence, non-existence, vide ou vacuité. C’est
l’érudit bouddhiste Nagarjuna, qui vécut en
Inde entre 150 et 250 de l’ère chrétienne,
qui a été le premier à développer
ce concept en détail. Nagarjuna estimait que l’état
de « ni existence ni non-existence » décrit
dans ce concept exprimait en fait la véritable nature de
toutes choses. Très étrangère à la
logique dualiste occidentale, la nature paradoxale de cette idée
contribue depuis des siècles à enfermer le bouddhisme
dans le stéréotype d’une philosophie mystique
pour laquelle le monde n’est qu’une grande illusion.
Pourtant, les implications du concept de kû sont très
terre à terre et s’accordent avec les plus récentes
découvertes scientifiques.
À la recherche de l’essence de la matière,
la physique moderne propose une description de l’univers
qui se rapproche beaucoup de celle de Nagarjuna. En effet, les
scientifiques ont découvert qu’il n’y a pas
d’élément réel ou facilement identifiable
à la base de la matière. Les particules subatomiques,
ces unités qui forment la charpente du monde dans lequel
nous vivons, semblent plutôt osciller entre un état
d’existence et de non-existence. Au lieu d’être
des « choses » fixes situées à un endroit
particulier, elles se présentent comme des ondes de probabilités
changeantes. À ce niveau, l’univers est en fait un
terrain extrêmement fluide et imprévisible, essentiellement
« non substantiel ». C’est précisément
cette nature non substantielle de la réalité que
décrit le concept de kû.
Kû élucide également le potentiel
inhérent à la vie. Pensons à quel point une
émotion vive, la colère par exemple, s’exprime
dans tout notre être: l’expression de notre visage,
les inflexions de notre voix, la tension des muscles, etc. Lorsque
nous nous calmons, la colère s’évanouit. Mais
qu’est devenue cette colère? Où est-elle passée?
Nous savons que la colère existe toujours quelque part
en nous-même, mais il nous est impossible de trouver la
preuve de son existence sans qu’un facteur extérieur
ne vienne à nouveau la déclencher. La colère
a donc cessé d’exister sous toutes ses formes manifestes.
Il en est de même pour les souvenirs. Nous ignorons parfois
leur existence jusqu’à ce qu’ils remontent
soudainement dans notre conscient. Le reste du temps, tout comme
la colère, les souvenirs demeurent dans un état
de latence, ou kû. Ils existent et n'existent pas.
La compréhension du concept de kû nous
permet donc de voir que, contrairement à notre perception,
les choses – les gens, les événements, les
relations, nos propres vies – ne sont pas figées,
mais dynamiques, toujours changeantes et en perpétuelle
évolution. Elles renferment un potentiel latent susceptible
de se manifester à tout instant. Ainsi, même la situation
la plus désespérée contient un potentiel
positif étonnant.
Très naturellement, nous étiquetons et nous catégorisons
les gens, les situations. Nous faisons la même chose pour
nous-même. Cela nous permet de donner du sens au monde.
Mais, à moins d’être très attentif à
la nature de nos réflexions et de nos opinions, nous pouvons
facilement nous laisser piéger dans des visions étroites
et souvent négatives : « Elle n’est pas
très sympa » ou « Je ne suis pas doué
pour les relations humaines » ou encore « Il
ne peut y avoir de paix au Moyen-Orient ». Dès
que nous arrêtons ainsi une opinion, nous venons de limiter
cette chose, cette personne, cette situation ou nous-même
et nous étouffons toute possibilité de croissance
et de développement positifs.
En revanche, lorsque nous choisissons de considérer les
choses sous l’angle de leur potentiel positif infini, nos
pensées et nos actions deviennent des influences constructives
favorables aux conditions qui transformeront ce potentiel en réalité.
L’étroite interdépendance de toutes choses
fait en sorte que chacun de nous a à chaque instant une
influence profonde sur la réalité de tous. Le regard
que nous portons sur les choses a un impact précis et déterminant
sur la réalité. En nous éveillant à
ce phénomène, nous pouvons agir en ayant confiance
de pouvoir modeler la réalité et l’orienter
vers des résultats positifs.
La manière la plus constructive d’envisager l’existence
est donc de croire au potentiel positif illimité inhérent
à toute vie. En termes bouddhiques, ce potentiel est la
véritable nature de la vie, ou « boddhéité
», que Nichiren a défini comme étant Nam
Myoho Renge Kyo. Il a encouragé ses disciples à
réciter ce mantra avec la ferme conviction que, ce faisant,
ils captent le potentiel latent de la boddhéité
inhérente dans leur vie et dans toutes les situations auxquelles
ils participent.
Article traduit du SGI Quarterly, avril 2001
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